Petit Lexique du Misanthrope
à l'usage des mal-comprenants


Toi pas comprendre ? Moi pas clair ? Toi dire gars utiliser mots plus de trois syllabes être enfoiré d’intello snobinard, et probablement tapette ?
Toi pas peur, ami primitif : Gentil Misanthrope expliquer. Toi comprendre. (Et si toi toujours pas comprendre, voilà un site qui te conviendra mieux.)

 

Analogique :
Qui présente un caractère de similitude avec un objet de référence. Exemple : une montre à aiguilles est dite analogique car le temps est lui aussi doté d’aiguilles, comme le prouve la locution latine souvent apposée sur les cadrans solaires et qui définit ainsi les heures : « Vulnerant omnes, ultima necat » ( « Toutes blessent, la dernière tue » ). A l’inverse, une montre digitale est une montre du doigt, ce qui est très malpoli.
Il ne faut pas confondre : « Analogique » et « Rationalité sodomite ».

 

Crampe de l’écrivain :
ou « angoisse de la page blanche ». Instant où l’écrivain, devant sa feuille, réalise que ce qu’il va mettre dessus ne valait peut-être pas qu’on abatte des arbres pour la fabriquer.
D’un point de vue psychanalytique, l’écriture peut être considérée comme une sublimation, c’est-à-dire une dérivation de la libido vers une activité créatrice non sexuelle. En assouvissant ses désirs, on réduit par conséquent l’énergie utilisable pour écrire. Ainsi donc, paradoxalement, l’écrivain provoque sa crampe en la tirant.

 

Dieu :
Prothèse paternelle permettant d’avoir toujours son papa près de soi, que le père biologique soit effectivement absent ou bien qu’on l’ai « tué » au sens freudien du terme (c’est-à-dire descendu de son piédestal).
C’est le père parfait : il nous dit quoi faire, il punit quand nous ne sommes pas sages, nous pardonne quand nous avouons, et permet de lancer des affirmations du genre « mon papa, il sait tout », « mon papa, il est plus fort que le tien », et « je fais ça sans réfléchir parce que c’est mon papa qui me l’a demandé ».
Mais bon, le temps n’est-il pas venu pour l’humanité de se conduire en adulte et de se passer un petit peu de son père ? D’autant plus qu’avec toutes les conneries que nous faisons et l’état dans lequel nous mettons le monde, il ne doit pas être bien fier de nous, le papa…
Je ne doute pas que les humains aient foi en Dieu ; je me demande juste si Dieu a encore des raisons d’avoir foi en nous.

 

Ennemi :
Personne haïe qui, puisqu’on la méprise au plus haut point, ne peut que vous surprendre agréablement. Inversement, on apprécie et on admire tellement ses amis qu’ils vous déçoivent forcément un jour. Malgré cela, les humains préfèrent avoir des amis plutôt que des ennemis, ce qui me déçoit. Et pourtant, les humains ne sont pas mes amis. Vous y comprenez quelque chose, vous ?

 

Epitaphe :
Phrase un peu bébête gravée sur une tombe, dont le défunt aimerait que l'on se rappelle en pensant à lui. Personnellement, la dernière chose que j’aimerais voir gravé sur ma tombe, c’est « Regrets éternels ».
D’abord rien n’est éternel, surtout pas les regrets qui ne durent pas plus qu’on ne veut les entretenir. Par ailleurs, je n’ai aucun regret ; ma vie fut pleine d’émotions et de savoir, et quelle qu’en sera la durée, elle sera toujours trop courte pour que j’en rejette la moindre parcelle. Quant à mes congénères, faites-moi confiance, je m’arrangerai pour qu'ils ne me regrettent pas…
Non, je préférais de loin une épitaphe plus marrante, du genre « Ses dernière paroles furent : ‘Un camion ? Quel camion ?’ » ou bien « Je vous avais bien dis que j’étais malade ! ».
Comme ça, au moins, les gens sauront vraiment qui j’étais…

 

Evidence :
Longueur d’onde qui, à l’instar des ultraviolets, n’est pas perçue par le cerveau humain.
Exemple : la plupart des gens pense que ce n’est plus la loi du plus fort qui régit le monde de nos jours. Pourtant, c’est bien cette loi qui domine. Pourquoi ? Parce que c’est celle du plus fort, justement. Et quand bien même elle pourrait être bonne et juste, c’est toujours le plus fort qui la dicte puisqu’il doit mettre tout le monde d’accord pour le faire. Et puis de toutes façons, c’est bien toujours le plus fort qui commande, puisque à partir du moment où il commande, c’est lui le plus fort.
C’est évident, non ?

 

Gruyère râpé :
Contrepartie accordée par Dieu aux humains après leur expulsion de l’Eden. Pierre Philosophale alimentaire, qui transforme la plus infecte des tambouilles en un met de choix. Je rêve d’un équivalent pour les autres choses de la vie, qui rendrait toute chose belle, toute place confortable, tout homme supportable. Telle est ma quête métaphysique : rechercher le gruyère râpé de l’existence.

 

Harcélement sexuel :
Définition américaine : dans un rayon de vingt mètres autour d’une femme, effectuer dans une zone d’un mètre autour de vos parties génitales un geste qui pourrait éventuellement être interprété comme évoquant, même de loin, une vague connotation sexuelle.
Définition française : menacer la petite stagiaire de la faire virer si elle ne cède pas à vos avances, et pendant que vous vous la tapez sur la photocopieuse, lui demander d’actionner l’appareil afin de prouver à tous vos collègues que vous n’êtes pas un gros vantard.

 

Idées :
Souvenirs de choses qui ne sont pas encore arrivées.

 

Inspiration :
Sécrétion sudoripare des Muses, dont ces dernières maculent les mortels lorsqu’elles les effleurent. Rare, souvent fausse ; ne se trouve jamais lorsqu’on la cherche.
On m’a parfois demandé : « Mais où vas-tu chercher tout ça ? ». Je ne sais pas. Mais si je le savais, j’en prendrais plus à la fois.

 

Physique :
Ensemble des lois qui régissent l’univers en dépit du bon sens. Les objets tendent à tomber vers le sol au lieu de rester à leur place, les choses se ralentissent et se refroidissent d’elles-mêmes (et tout effort pour les mouvoir et les réchauffer ne fait que ralentir et refroidir autre chose dans des proportions bien supérieures), et tout est voué à disparaître un jour dans un néant total. Sachant cela, on se dit que la seule loi fondamentale de la Physique, c’est la Loi de Murphy.

 

Syllogisme :
Artifice d’Aristote pour simuler un cerveau avec sa langue. En clair, les syllogismes sont des modèles de petites phrases appris par cœur et dont le but est d’obtenir une conclusion logique, du genre « A est égal à B, B est égal à C, donc A est égal à C ». Mais le mécanisme des syllogisme appartient à la logique formelle, donc au langage, et rien n’est plus facile à pervertir que le langage.
Exemple, à se répéter tous les matins au réveil pour réaliser sa propre importance dans l’Univers : « L’erreur est humaine, je suis humain, donc je suis une erreur. »

 

Traduction française :
Symbole de perversion langagière.
Les traducteurs français ne sont pas en cause (et je remercie Miss Sonia Nadeau pour cette rectification) : ces amoureux des langues font souvent preuve d'une grande habileté pour faire passer d'un idiome à l'autre les subtilités et les connotations cachées. Une bonne traduction ne consiste pas à faire correspondre mécaniquement un mot à un autre; il s'agit de retranscrire l'esprit, et même parfois le rythme et la musicalité du texte d'origine. Parler deux langues ne suffit pas: bien traduire un écrivain nécessite souvent un écrivain d'égal talent.
Non, blâmons plutôt distributeurs et producteurs, marchands cupides et vils, qui méprisent suffisamment le public pour croire qu'une phrase peut être remplacée par une poignée de paillettes.
Ces gens semblent prendre un malin plaisir à proposer des traductions aussi éloignées que possible du texte anglais d’origine. Ainsi, « Home alone » devient « Maman j’ai raté l’avion ! , « The twilight zone » devient « La quatrième dimension », « Guess who’s talking » devient « Allo maman, ici bébé », etc.. Pensent-ils donc être à ce point intelligents qu’ils sachent mieux que son auteur quel titre convient à une œuvre ? Ou nous croient-ils trop bêtes pour comprendre une traduction plus littérale ?
Pire encore, ce ramassis de déments prennent parfois la liberté de modifier le nom des personnages ! L’exemple le plus douloureux nous vient de Star-Wars, où « Darth Vader » se transforme en « Dark Vador », « Chewbacca » (surnommé « Chewie » ) devient « Chiquetaba » (et « Chico » ), « R2D2 » devient « D2R2 »… Qui peut dire ce qui est passé par la tête de ces sombres crétins (à part des courants d’air) lorsqu’ils ont saccagé le film de la sorte ?
Et ils ne se sont pas arrêtés là : ils ont aussi déformé le nom de différents objets emblématiques : le « Light-saber » devient un « Sabre-laser », le « Tractor-beam » devient un « Aimant-laser » ( ?), le « Blaster » devient un « pisto-laser »… A mon avis, la sous-larve acéphale à l'origine de ces outrages n’avait pas la moindre connaissance technologique et s’est contenté d’ajouter « Laser » à la fin de tous les mots qu’il ne comprenait pas. Un vrai massacre.
Je vous invite donc à faire comme moi : si vous croisez une des raclures responsables de ces atrocités, abrégez ses souffrances ; sa disparition abrégera les nôtres.

 

Univers :
Immense ensemble de l’espace-temps en rapide expansion, probablement fini mais sans bord selon Stephen Hawkins, aux dimensions démesurément inimaginables, contenant des milliards de galaxies abritant chacune des millions de milliards d’étoiles et de planètes, et dont chaque élément jusqu’à la plus petite sous particule a visiblement quelque chose contre moi, personnellement.
Mais rassurez-vous, c’est réciproque.

Vanité :
Synonyme d’orgueil, de fierté déplacée. Etrangement, l’adjectif correspondant (« vain ») n’a pas le même sens mais désigne plutôt quelque chose d’inutile et voué à l’échec.
Je ne sais pas pour vous, mais moi, il me semble que ce mot a été spécialement créé pour définir toute entreprise humaine. J’aurais voulu inventer ce mot.

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